Accouchement: La poussée n’est pas de la plongée en apnée…

Mère et monde, centre de maternité

Mère et monde, centre de maternité

… Ni une méthode de soulagement de la constipation. Alors pourquoi  faudrait-il y retenir son air comme si on plongeait sous l’eau, ou pousser comme si on allait à la selle? Loin d’être inoffensive, la poussée dirigée, aussi appelée poussée gynécologique ou obstétricale, est si répandue dans les milieux hospitaliers que les parents s’étonnent encore que ce ne soit pas « obligatoire ». Ils sont surpris de savoir que la femme, eh bien, elle a le droit de pousser dans la position et de la façon qui lui conviennent le mieux. Et qu’il y a de nombreux avantages à le faire…    

Soulagement pour certaines, calvaire pour d’autres, la poussée est le sprint final de l’accouchement avant d’enfin pouvoir rencontrer le bébé tant attendu. Est-ce pour autant une raison de se presser? Bien sûr que non! Je parle d’urgence de pousser parce que la pratique courante veut que la femme s’y mette aussitôt que la dilatation de son col est complète. Il s’agit pourtant d’une grave erreur. Le renommé docteur Michel Odent a observé que lorsque l’on encourage une femme à pousser avant que son réflexe n’apparaisse, il se peut qu’il ne se déclenche finalement jamais. Il a bien raison. De plus, une mère qui n’a pas envie de pousser aura besoin d’aide extérieure pour la diriger, elle fournira plus d’efforts, y mettra plus de temps et terminera la course épuisée. Elle risque davantage l’utilisation de forceps ou de ventouse et le bébé a plus de chances d’être mal positionné pour sa sortie. L’aspect physiologique n’est pas respecté puisque dilatation complète ne signifie pas nécessité de pousser. Même si le col est à dix centimètres, les contractions se poursuivent et le bébé continue sa descente dans le bassin. Il fait sa rotation au rythme des vagues, pour finalement venir exciter les terminaisons nerveuses du rectum de la mère. C’est à ce moment qu’elle ressent la pression dans les fesses et l’envie d’aller à la selle. Pourtant l’enfant sort bel et bien par le vagin alors inutile de demander à la femme de faire l’effort de pousser dans les fesses pour le faire sortir… Si le réflexe de poussée spontanée n’est pas encore installé, c’est que le petit n’est pas tout à fait à la porte, au périnée de sa maman. Si on attend au dernier moment, quand le besoin de pousser s’impose tout naturellement, l’effort est moindre, la poussée dure moins longtemps et laisse moins de traumatismes au niveau des tissus.

La respiration est également importante. La mère, dopée aux endorphines, a le souffle juste et parfait. Elle s’adapte inconsciemment selon le stade de l’accouchement, ses besoins et ceux de son enfant. Quand tout se déroule bien, il est inutile de lui demander de retenir son air pour expulser le bébé. Si elle expire doucement, la poussée est moins violente puisque le diaphragme remonte faisant en sorte qu’il y ait moins de pression sur l’utérus et donc, sur le périnée. Cette façon de faire, en respirant librement, diminue le risque de prolapsus de vessie ou d’utérus, réduit les déchirures périnéales et les inconvénients qui viennent avec. Il est faux de croire que ce type de poussée est moins efficace dans un contexte d’accouchement physiologique. Si la norme était d’attendre que la femme ressente la pression et l’envie irrésistible de pousser tout en la laissant se positionner comme elle le souhaite, il n’y aurait pas d’avantage à retenir son souffle et à accoucher en apnée. Mais dans un contexte où l’on ne tient pas compte de la physiologie de la naissance, on tombe facilement dans le piège de croire que cette technique est gage de succès…

Êtes-vous de ceux qui croient que la mère doit accoucher sur le lit d’hôpital, les pieds dans les étriers et en position de tortue renversée (ou comme dirait mon conjoint, comme un hanneton sur le dos!)? Bien heureusement, on sort de ce carcan! Les positions pour donner naissance sont multiples et ont toutes leurs avantages et leurs inconvénients. Aucune position ne convient à toutes les femmes et à tous les bébés. Votre accompagnante à la naissance pourra, lors de vos cours prénataux, vous faire suggestions en temps et lieux, selon la situation. Un bébé asynclite, postérieur ou qui a du mal à s’engager préfèrera que sa mère adopte une position asymétrique, sur le côté, accroupie ou à genoux par exemple. Certaines positions, comme debout ou accroupie, augmentent la pression faite sur le périnée mais utilisent la force de la gravité. Le ballon d’exercice peut être salvateur pour une femme qui veut pousser à quatre pattes mais qui a les bras épuisés. Le dossier du lit, un grand drap installé tel une corde à grimper, les barres de squatting, les cuisses du partenaire, le banc de naissance sont autant d’outils forts pratiques pour appuyer la mère dans son effort. Pour diminuer le risque de déchirures ou l’importance de celles-ci, la poussée physiologique avec expiration et des compresses d’eau chaude appliquées au périnée est tout indiquée. Accoucher dans le bain, lorsque possible, s’avère le summum de la compresse d’eau chaude!

L’essentiel dans toute cette histoire est de s’écouter, de mettre à profit le matériel autour de vous et de réquisitionner l’aide de vos accompagnantes à la naissance pour vous assister dans vos positions et vous encourager dans vos efforts. La pression peut être forte pour que vous poussiez dans une position qui vous parait contre-nature, de façon dirigée. C’est votre corps, votre bébé. Rappelez-vous que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) classe la poussée obstétricale dans les pratiques fréquemment utilisées à tort. L’humeur ou le confort de la personne qui vous assiste ne devrait pas déterminer le déroulement de ce stade de la naissance. Lorsque tout va bien, fermez les yeux, prenez le temps de ressentir et faites-vous confiance. Votre corps sait ce qu’il a à faire, votre bébé aussi. Votre tête devrait suivre dans peu de temps 😉

Sources:

Réflexions sur la poussée de Michel Odent

La poussée pour les mères primipares de Gloria Lemay

Organisation mondiale de la santé

2018-02-05T09:48:58+00:00 15 mai, 2013|Accouchement, Conseils pratiques|

11 Commentaires

  1. Audrée 15 mai 2013 à 14 h 04 min - Reply

    J’ai accouché à l’hôpital, avec une accompagnante. C’était bien spécifié dans notre plan de naissance que je ne voulais pas être dirigée pour la poussée ou pour respirer (ça fait quand même 30 ans que je respire, je commence à savoir comment faire 😉 ) Heureusement, ça a été bien respecté! J’ai poussé accroupie et j’ai finalement accouchée dans une espèce de position étrange, semi sur le dos, semi sur le côté… Moi qui pensait accoucher accroupie! Mais mon corps me dictait autre chose… J’ai eu un beau garçon de 9,2 lbs! Sans médicaments, et avec seulement 2 points… J’ai guérit rapidement et sans complications… Wow 🙂 J’ai eu un accouchement de rêve et je conseil à toutes les femmes de ne pas utiliser la poussée dirigée et de respecter et écouter leur corps…

  2. Annick Guenette 15 mai 2013 à 19 h 29 min - Reply

    J’étais au courant des techniques plus appropriées pour l’accouchement et on ne voulait pas respecter mes souhaits à l’hopital. Personne n’a tenu compte de mon plan de naissance (lorsque cela était possible) et j’ai demandé, PLUSIEURS FOIS pendant le sprint final de pouvoir respirer en poussant et on me disait “non mais essayez sans respirer” “non mais faudrait mieux pas respirer” “C’est vous la pire là mais…. ” ça n’en finissait plus. J’ai détesté mon expérience à l’hopital (j’ai frôlé la césarienne sans raison)… j’aurais aimé être plus libre et que tout se passe dans le respect de l’instinct naturel….. Je n’avais aucune complication autre que leur inexpérience et la PRESSE qu’ils ont tous d’accoucher au plus vite, avec le plus de contrôle que possible.

    • Jessie Jalbert 15 mai 2013 à 19 h 39 min - Reply

      C’est si triste et dommage à la fois. Il y a quelque chose qu’ils n’ont pas compris ceux-là, et ce sont les femmes qui paient…

      • Mélanie Villemaire 16 mai 2013 à 23 h 47 min - Reply

        Lors de mon premier accouchement, j’avais un plan de naissance. L’infirmière l’a à peine regardé et m’a dit que seules les nouvelles mères en faisaient un en s’imaginant pouvoir tout contrôler… Les circonstances de l’accouchement (1h40 de travail) n’ont pas fait en sorte qu’ils ont pu suivre le fameux plan car tout est allé trop vite et l’urgence a fait en sorte que je n’ai pas pu m’obstiner sur ce que je voulais vraiment… Lors de mon deuxième accouchement, je n’avais pas fait de plan mais j’avais des bonne idées de ce que je voulais… encore une fois, sans trop savoir comment ni avoir l’énergie de me battre contre, je me suis ramasser sur le dos avec un masque à oxygène qui m’empêchait de respirer (étrangement) et que j’ai du tenir du début de la poussé jusqu’à la fin… Vraiment pénible comme accouchement…

    • Blandine Marie 20 octobre 2013 à 19 h 11 min - Reply

      D’ou l’intéret de choisir sa mat avec soin …
      En france, on ne peut présenter un projet de naissance dans n’importe quelle mat, malheureusement et s’attendre à ce qu’il soit respecté …
      Le projet de naissance au final sert surtout à s’informer soi, et savoir si la mat qu’on a choisi est en adéquation avec ses besoins ; si ce n’est pas le cas, inutile de rêver, c’est pas la mat qui va changer pour respecter le pdn – sauf miracle.

  3. Caroline 16 mai 2013 à 12 h 08 min - Reply

    À ma première fille j’étais à Montréal en maison de naissance et je me suis sentie super écoutée, conseillée mais toujours en respectant ma volonté, le tout dans la lenteur et la douceur. À ma deuxième, en octobre dernier, j’ai été suivie plus près à cause du placenta trop près du col. J’étais alors en région, pas de sage-femme. À 38 sem, j’ai été provoquée et après 4 heures sans contractions, ils ont décidé que je devais aller en césarienne, parce que je saignais. Quelle déception!! Durant l’heure de préparation à la césarienne, j’ai eu plein de grosses contractions. Arrivée dans la salle d’opération, la doc vérifie et je suis dilatée à 10! Elle me dit toute contente que je peux pousser! J’en suis ravie!

    On me place rapidement sur la table d’opération, je demande de tamiser les lumières svp!! Après quelques secondes de discothèque, on trouve un compromis acceptable et je demande à ne pas pousser sur le dos! Je me place alors de côté, et l’infirmière me dit: pousse pousse!! retiens ton souffle!! “Euh… non je ne crois pas que retenir son souffle soit si bon”… mais elle a continué à me le dire… Bref, j’y suis allée comme je le sentais, en retenant mon souffle à certains moments et d’autres non. Mais tout a été si vite!! Après deux poussées et demi, ma fille est née, c’est à dire 15 minutes après mon entrée dans la salle d’opération.

    Après coup, je reste avec beaucoup de questionnements… Mais quand même heureuse que ma fille soit en santé et moi aussi…

  4. Marie-Andrée Beaumier 16 mai 2013 à 16 h 02 min - Reply

    En tant qu’accompagnante à la naissance depuis plusieurs années on dit souvent aux parents dans le bureau du md que la femme pourra pousser dans la position qui lui plaît ou comme elle se sentira bien de le faire…Malheureusement, je me promène dans tous les hôpitaux de la Rive-Nord et plusieurs à Mtl et ce concept n’est pas encore intégré du tout…Le md va souvent dire que si la maman est à 4 pattes, elle n’aura pas ses repaires etc. Ça viendra sûrement, au moins on a notre peau à peau pendant 2 hres après la naissance et le clampage tardif du cordon qui s’installe de plus en plus dans les équipes médicales et c’est VOUS les parents en le demandant et en le re-demandant sur vos plans de naissance qui faites la différence. On lâche pas!

  5. Marie-Noëlle 16 mai 2013 à 22 h 07 min - Reply

    J’ai eu la chance d’avoir un accouchement extrêmement rapide ce qui a déstabilisé l’équipe présente. J’ai donc accouché à 4 pattes, avec la respiration que je désirais, sans que personne ne dise quoi que ce soit. J’ai préféré cette façon à la position de la tortue en apnée…

  6. Cécile 17 mai 2013 à 14 h 19 min - Reply

    Pour la première, j’avais la péridurale et quel regret! Quand j’ai accouché de ma deuxième, j’étais sur le coté pour aider ma fille a mieux se placer. Mais mon corps en a décidé autrement, et j’ai poussé avant que sa position soit la bonne et sans vraiment m’en rendre compte au final et d’ailleurs j’ai commencé seule! Et ma fille n’a rien eu et moi j’étais moins abimé que pour la première. Qu’est ce que j’aimerais qu’il y ait de vraie maison de naissance en France!

  7. vincent celine 19 octobre 2013 à 8 h 21 min - Reply

    une accompagnante a la naissance mais c’est quoi ca ??????????? POURQUOI ne pas employe le mot SAGE FEMME a part nous qui a bien le droit d’accompagner a la naissance ??? Sinon tout a fait d'”accord avec cette poussée!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

  8. Blandine Marie 20 octobre 2013 à 19 h 17 min - Reply

    Pour mes deux ainés, besoin de pousser, poussées en expir bloquée, sur commande
    épuisante, asphyxiante, 30 mn de poussées laborieuses, bb qui naissent en hurlant, d’une zolie couleur parme foncée …

    pour mon 3ème, avec juste ma sf, hors maternité, j’ai été surprise et attrapée par une poussée réflexe intense, avec des sensations incroyables.
    deux poussées puissantes (au delà de tout ce que je croyais possible) pour littéralement faire “sortir” mon fils (genre savonnette mouillée qu’on veut serrer et qui gicle : ziouppppppppp !), en moins de 5mn, en expir soufflé … bb qui nait tranquille, tout rose, sans un cri, un vrai tit bouddha …

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