Comme plusieurs d’entre vous, j’ai vu défiler de nombreux articles sur ces femmes obsédées de leur minceur durant la grossesse et après la naissance – les mommyrexiques qu’ils disent – à travers les réseaux sociaux dernièrement. Tout le monde semble outré et dérangé de cette tendance, et pourtant, j’ai l’impression que tout un chacun l’entretient à sa façon : le médecin qui gronde sa patiente lorsqu’elle accumule trop de poids à son goût, la voisine qui se pavane du peu de kilos gagnés durant sa grossesse, l’ami qui félicite sa copine d’avoir pris « juste du ventre » et la caissière qui vous trouve terrrrriblement chanceuse d’avoir retrouver votre taille d’avant en deux mois… Ayant été enceinte moi-même quatre fois, j’y ai goûté. Une personne de mon entourage, très près de moi, m’a gratifié d’un « on dirait que t’es même pas enceinte de dos, c’est super. Bravo! Tu fais bien ça ».
Alors on s’étonne de quoi exactement, là? Que de plus en plus de femmes enceintes n’osent plus prendre de poids, surveillent avec excès ce qu’elles mangent et s’entraînent jusqu’à 8 mois de grossesse? Vraiment?     

Notre comportement est inquiétant puisque nous ne semblons pas en être tout à fait conscients. C’est facile de blâmer les stars hollywoodiennes et les magazines pour la multiplication des cas de mères trop maigres, alors que collectivement, on tolère mal la diversité corporelle. Même chez celles qui portent la vie. Une femme enceinte c’est beau… quand elle pèse moins de 70 kg! Avons-nous perdu toute admiration pour cette explosion de féminité qu’est la grossesse? Sommes-nous conscients des risques que pose la quête de la minceur pour l’enfant qui se développe? Bien évidemment, nous prônons le sain gain pondéral et non la maigreur de la future maman! Celles qui, en s’alimentant correctement ou non, prennent le poids dicté par je ne sais trop qui peuvent souffler… mais qu’en est-il des femmes qui voient les kilos s’accumuler sans raison apparente et malgré leur assiette irréprochable? Ou encore celles qui traînent des vestiges d’un passé difficile vis-à-vis leur poids (soit plusieurs d’entre nous)… Que doivent-elles faire pour entrer dans les critères du fameux sain gain pondéral ou de la silhouette acceptable pour la société? Bouger plus peut-être? Ou manger moins. Beaucoup, beaucoup moins.

Le manque autant que la maigreur pose problème ici. Le fœtus d’une femme qui se prive ou se purge pour garder la ligne peut subir autant de préjudices que celui d’une femme dont l’indice de masse corporelle est très faible. Tous les deux risqueront la malnutrition, les malformations congénitales, le retard de croissance intra-utérin, un petit poids au moment de voir le jour, le décès avant de naître ou la naissance prématurée. Leur mère s’expose, en plus des dangers habituels liés à l’insuffisance pondérale ou les régimes draconiens, au diabète gestationnel, à l’hypertension gravidique et à la dépression prénatale, en plus de fatigue importante, de maux de tête, d’un accouchement et d’une période postnatale laborieux (plus d’interventions médicales nécessaires, difficulté de lactation et récupération ardue). Une perte de poids rapide après l’accouchement peut entraîner un arrêt de la lactation, augmenter la prévalence de dépression postpartum (une forme sévère et menaçante de la maladie) et empêcher une femme de s’occuper adéquatement de son petit. Je n’en serai qu’une de plus pour le répéter: le corps a besoin d’au moins neuf mois pour perdre ce qu’il a mis neuf mois à prendre.

Au-delà des risques associés à la malnutrition, qui parfois n’ont pas d’écho, il faut arrêter de propager des messages à double sens et recommencer à louanger la grossesse et la maternité dans tous leurs états. Félicitez la mère pour ce qu’elle est en train d’accomplir et non pour sa taille de nullipare. Sortons des carcans et de la prise de poids idéale pour toutes, même enceintes. Je ne suis pas médecin ni sage-femme, pourtant j’accompagne les mères vers la naissance de leur enfant et je les vois, de plus en plus nombreuses, inquiètent du chiffre sur le pèse-personne alors que ce dernier n’a rien de préoccupant. Elles craignent pour leur image, entre autres, parce qu’on leur fait croire à pleins de choses, comme un bébé trop gros qui ne passera pas ou une graisse qui ne fondera jamais. Je ne prétends pas changer le monde avec mon billet du mercredi, mais à quoi sert un blogue si on ne peut pas s’y exprimer! Voilà, c’est fait. Je vous invite à faire votre petit bout de chemin pour qu’ensemble on redonne ses lettres de noblesse à la grossesse dans toute sa splendeur. Si vous attendez un bébé, je vous encourage à aller chercher de l’information juste sur votre nutrition, par le biais de cours prénataux privés par exemple, et à trouver quelqu’un qui saura vous soutenir au cours de la grande aventure. Vous pouvez lire mon texte sur l’alimentation de la femme enceinte, et s’il vous a fait du bien, partagez-le!
Sur ce, je vais manger mon chili. Bon mercredi!