On dirait que juste le mot fait grincer des dents. Déchirures. Eurk. Déchirures du périnée… encore pire. En plus de grincer des dents, on serre les fesses. Sans parler de la copine qui donne des détails sur son « nombre de points (de suture) »… De quoi donner des frissons dans le dos. Le spectre des lésions périnéales et épisiotomies plane au-dessus des futures mères (et pères) et les hante comme une scène de film d’horreur gore.
Voyez aujourd’hui un peu plus clair sur lesdites déchirures, et apprenez comment vous pouvez mettre les chances de votre côté pour les éviter ou alors optimiser la guérison, le cas échéant.   

À moins d’avoir subi des traumatismes dans cette région auparavant, la peau de la zone périnéale et des tissus internes est relativement souple. Bien évidemment, la souplesse et l’élasticité de celle-ci varie d’un individu à l’autre… sauf que le corps de la femme est fait pour accoucher et donc, la nature a tout de même prévu qu’un bébé passerait par là. Vous avez compris que le périnée n’est pas conçu de papier de soie. Pourtant, il est fréquent qu’il subisse une lésion au cours de la naissance. Certaines pratiques obstétricales des dernières années ont fait augmenter l’utilisation des forceps et ventouses, qui du même coup entraînent presque invariablement des déchirures périnéales assez importantes. La poussée dirigée dans une position non physiologique traumatise également le périnée et les tissus, tout comme d’autres facteurs : un bébé qui fléchit mal sa tête lors de la sortie, ou alors qui se présente avec une main au visage, du tissu cicatriciel ou fragilisé chez la mère, de l’œdème lié à l’hypertension gravidique…

Cela étant dit, il y a des facteurs sur lesquels on peut agir. Le mouvement, la marche et le changement de positions en cours de travail favoriseront le déroulement de ce dernier, ainsi qu’une belle présentation du bébé lors de la naissance. Par la même occasion, ils maximiseront la sécrétion d’endorphines qui détendent et diminuent la sensation de douleur. En évitant la péridurale, la mère conserve tous les ressentis associés à la poussée et peut alors pratiquer une poussée physiologique. Celle-ci demeure la meilleure façon de diminuer le risque de lésion importante. Je vous invite à lire ou relire mon billet La poussée n’est pas de la plongée en apnée pour avoir plus de détails sur ce stage de l’accouchement. Retenez que la poussée avec inspiration bloquée, couchée sur le dos en remontant la tête, est particulièrement traumatique pour toute la zone périnéale. Elle augmente le risque de déchirure, de descente et de prolapsus d’organes. Vous pouvez demander à votre médecin, sage-femme ou accompagnante à la naissance, d’appliquer des compresses chaudes sur votre périnée lorsque celui-ci commence à se distendre, à la venue du bébé.

On me pose souvent des questions concernant les exercices de Kegel durant la grossesse. Personnellement, je ne les recommande pas, puisque je ne vois pas l’utilité de tonifier au maximum une région que l’on souhaite plutôt détendre le plus possible à l’accouchement. En ce qui concerne les étirements du périnée, je réponds ceci : rien ne prouve qu’ils réduisent significativement le risque de déchirure. Je les trouve utiles pour une chose par contre. Le périnée étant une zone qui se contracte et résiste lorsqu’on la touche, les étirements peuvent vous apprendre à la détendre au moment où la tête du bébé couronnera. Des massages pratiqués avec de l’huile végétale, au moins deux à trois mois avant la date prévue, aideront à assouplir les tissus et ils sont plus agréables que les étirements. Ces outils vous seront enseignés lors de cours prénataux de qualité.

Les déchirures périnéales ouvertes se calculent en grades, sur une échelle de 1 à 4, selon la région atteinte. Elles touchent dans l’ordre, la muqueuse vaginale, le noyau fibreux central du périnée puis le sphincter anal externe, et enfin le sphincter interne et la muqueuse ano-rectal. Lorsqu’elles se produisent, le médecin ou la sage-femme les suturent dès la sortie du placenta, après l’évaluation des dommages. Même si vous n’avez pas reçu la péridurale, le donneur de soins anesthésie la région à réparer avant d’y faire quoi que ce soit. Plus la déchirure est profonde,  plus le temps de réparation est long, évidemment. À ce moment, le processus peut s’avérer plus sensible, sans nécessairement être douloureux. À ma connaissance, aucun médecin ne compte le nombre de points de suture effectués. Si vous voulez connaître la gravité des lésions, vous en demandez le grade.
Il est tout à fait possible de s’en sortir sans déchirure, avec une légère abrasion ou une éraillure qui ne nécessite que peu ou pas de points. Beaucoup de facteurs sont hors de votre contrôle, mais vous mettez toujours les chances de votre côté en gardant les conseils offerts plus haut en tête (travail et poussée le plus physiologique possible, massages dans les semaines précédentes, etc.).

L’épisiotomie, qui consiste en une incision faite avec un ciseau, n’est plus pratiquée d’emblée au Québec comme ce fut le cas jadis. Il doit y avoir une justification médicale pour la pratiquer. On croyait auparavant qu’elle prévenait les déchirures plus profondes, de plus haut grade, mais ce n’est pas le cas. Au contraire! Une déchirure naturelle respecte les fibres des tissus, contrairement à une épisiotomie qui les fragilise encore plus. La réparation d’une déchirure constitue un plus grand défi pour le médecin ou la sage-femme puisque celle-ci ne se produit jamais en une belle ligne droite, cependant la guérison en est de loin facilitée.

Parlant de guérison…
Si vous n’avez subi qu’une éraillure, la douleur ressemble plutôt à une brûlure, plus présente au moment d’uriner. Prenez une bouteille à petit goulot, et remplissez-la d’eau tiède avant de passer à la salle de bain. Lorsque vous urinerez, faites simplement couler l’eau sur la vulve en même temps. Pour les déchirures plus importantes, les bains de siège avec l’usage d’un beigne sont tout indiqués, ainsi que les compresses d’hamamélis. N’hésitez pas à utiliser le beigne pour vous assoir, et ne demeurez pas dans une position inconfortable ou douloureuse. Vous pouvez très bien nourrir votre enfant couchée sur le côté, ou inclinée dans un fauteuil. Inutile de savonner les points plusieurs fois par jour, à moins d’infection. Si cela vous soulage, je vous suggère d’asperger les points d’eau fraîche régulièrement dans la journée. Portez la protection sanitaire la plus mince pour vos besoins afin de limiter la friction, et changez-la fréquemment. En pratiquant les exercices de Kegel, vous favorisez aussi la cicatrisation. La zone étant très bien vascularisée, elle guérit rapidement. Les points fondent en l’espace de 10 à 15 jours et il est important de masser la cicatrice pour l’assouplir dès que possible. Pour ce faire, utiliser une huile végétale. Sans grande surprise, les grades  3 et 4 exigent plus de patience au niveau de la guérison, et il est possible qu’une rééducation périnéale soit nécessaire. Je vous propose la lecture d’un autre billet, À vos périnées, toutes!, pour les autres soins au périnée, ceux qui causent fuites urinaires et autres désagréments.

Sources:

Organisation Mondiale de la Santé
ASINCOPROB (formation continue pour les sages-femmes)