Mère et monde, centre de maternité

Mère et monde, centre de maternité

Je croyais le tabagisme en perte de terrain depuis les dernières années, avec toutes les mesures dissuasives et les solutions de sevrage offertes … jusqu’à ce que je lise que plus ou moins 20 à 30% des futures mamans font toujours usage de la cigarette à ce jour. Ce chiffre est élevé, vous ne croyez pas? Considérant les effets non négligeables du tabac sur un bébé qui se développe, je trouve cela assez inquiétant. Oui, c’est bien connu, on n’arrête pas de fumer en claquant des doigts puisque la nicotine crée une forte, très forte dépendance et son sevrage, beaucoup d’effets secondaires. Laissez-moi vous démontrer aujourd’hui que malgré tout, le jeu en vaut la chandelle.    

Saviez-vous que la cessation de l’usage de la cigarette chez les femmes enceintes pourrait diminuer de 10% toutes les mortalités périnatales, de 35% les bébés de petits poids à la naissance et de 15% les accouchements prématurés? Ces chiffres-là aussi sont élevés, et impressionnants. J’oserais dire choquants. Contrairement à l’alcool, les risques associés au tabagisme en période prénatale sont quantifiables et les études sont là pour en prouver les dommages. À chaque cigarette fumée, la nicotine, le monoxyde de carbone et les 400 produits chimiques qu’elle contient engendrent des dégâts et ce, chez tous les fumeurs. Chez la future maman par contre, la respiration et l’inhalation sont plus profondes et donc, elle et son petit reçoivent plus d’agents toxiques à chaque bouffée. Immédiatement, le fœtus exposé voit sa respiration et son rythme cardiaque augmenter. La nicotine provoque la contraction des vaisseaux de l’utérus, ce qui diminue les échanges sanguins du placenta vers le bébé. Celui-ci est moins bien nourri parce que le placenta ne fait plus son travail de façon optimale.

Quels sont les conséquences possibles pour le fœtus d’une mère fumeuse?

Le retard de croissance intra-utérin, les bébés nés de petit poids (inférieur à la moyenne) et l’avortement spontané sont intimement liés à la diminution de l’apport sanguin fœtal, découlant de l’absorption de nicotine. La maturation du placenta semble également accélérée et il y a une plus grande prévalence du décollement placentaire, c’est-à-dire que le placenta se détache de la paroi utérine en tout ou en partie. Tout dépendant du moment où survient le décollement, il peut se produire fausse couche, accouchement prématuré, césarienne d’urgence ou encore repos obligé pour ne nommer que ceux-ci. Les études démontrent plus de cas de placenta prævia (lorsque le placenta obstrue le col, empêchant l’accouchement par voie basse s’il persiste à terme) et de rupture prématurée des membranes amniotiques (avant le travail). Les taux de mortinaissance et de syndrome de mort subite du nourrisson augmentent également lorsque la mère a fumé la cigarette durant sa grossesse.
Il importe de savoir que certains troubles de la santé, tels qu’un gain de poids maternel insuffisant, un diabète gestationnel ou une hypertension gravidique, aggraveront les effets du tabac sur le fœtus.

Les effets du tabagisme ne se limitent pas à la période d’exposition.

Même si la mère abandonne l’usage du tabac à la naissance, l’enfant exposé régulièrement durant la grossesse risque d’en payer les frais à court et long terme. Il sera plus disposé aux infections de toutes sortes et sa croissance peut être plus lente. Durant son enfance, il sera plus sujet à une toux nocturne, à l’asthme et aux infections respiratoires. Il peut subir des modifications comportementales et vivre des difficultés d’apprentissage. Les études démontrent une hausse du trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH). Le poids à la naissance d’un enfant né d’une mère qui fumait est d’environ 150 grammes de moins que les autres. Son suivi pédiatrique est généralement plus serré. Plus tôt la maman cesse ou diminue significativement sa consommation, plus les risques diminuent. Les avantages de l’abandon du tabagisme sont immenses pour l’enfant.

Le sevrage de la nicotine n’est pas de tout repos : irritabilité, agitation, anxiété, insomnie, fatigue et faible concentration comptent parmi les symptômes. Pas très tentant… Il est donc primordial que vous soyez accompagnée dans votre démarche si vous souhaitez, comme future mère, arrêter de fumer. Il n’y a pas de formule gagnante pour toutes, mais la méthode à privilégier serait la thérapie cognitivo-comportementale, en premier lieu. Comme les thérapies de remplacement de la nicotine (TRN), présentent des risques pour le bébé, ou plutôt parce qu’on n’en sait pas grand-chose sauf que la mère continue d’ingérer de la nicotine, il est préférable de s’en servir si la consultation seule échoue. Elles sont offertes sous formes de gomme, de vaporisateur ou de timbre. Si, après discussion éclairée avec votre fournisseur de soins vous optez pour les TRN, il vaut mieux faire usage de ceux à posologie intermittente comme la gomme par exemple. Le timbre diffuse la nicotine en continu, exposant la femme et son bébé à plus de dommages. La dose minimale devrait être prescrite, et advenant l’utilisation du timbre, il est préférable de le retirer durant la nuit. Si votre tabagisme ne diminue pas avec les TRN, il faut cesser de les utiliser.
D’excellents résultats sont obtenus avec l’acupuncture également, qui peut être pratiquée au laser plutôt qu’avec des aiguilles.

Le but avec ce billet n’est pas de faire la morale à qui que ce soit; qui serais-je pour le faire d’ailleurs! Je crois cependant que le tabagisme durant la grossesse n’est pas qu’une affaire personnelle à la mère; le bébé ne choisit pas d’être exposé et pourtant il en subira les conséquences. Informez-vous, parlez-en et voyez comment vous pouvez faire mieux dans les circonstances. Une accompagnante à la naissance pourrait être d’une grande aide si vous êtes dans cette situation. Notre rôle ne s’arrête pas à la préparation à l’accouchement, bien au contraire! Nous accompagnons, lors des cours prénataux ou rencontres postnatales les mères et les couples, avec leur vécu, leur parcours, leurs obstacles. N’hésitez pas!

Sources:

Société des Obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC)

Association des obstétriciens gynécologues du Québec (AOGQ)

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