– « Oh, le beau bébé! Il est dodu! »

– « Oui madame, il est dans le 97e percentile pour le poids, 85e pour la taille et 95e pour la tête! »

Si cette mère parle de son enfant en termes de percentiles, c’est bien entendu à cause de l’utilisation des courbes de croissance. Ces dernières permettent de bien visualiser la croissance de l’enfant en notant différents paramètres (poids, taille, poids pour taille, taille pour âge, périmètre  crânien, etc.), et représentent un outil de surveillance indispensable pour les professionnels de la santé et les professionnels de l’enfant, soit les parents. Quel est donc la différence entre les anciennes courbes des CDC et les nouvelles de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)? Qu’est-ce qu’un corridor ou un percentile et que représentent-ils? À quoi vous servent-elles, en tant que parents? Des réponses à vos questions aujourd’hui!    

Depuis 2010, les nouvelles courbes de l’OMS ont fait leur entrée dans les cabinets des médecins. Ce ne sont pas juste « de nouvelles courbes », ce sont en fait, des normes de croissance. Auparavant, les courbes des CDC utilisées étaient plutôt des références. Elles indiquaient comment les enfants avaient réellement grandi, au lieu de comment ils devraient croître. Elles étaient basées sur les données cumulées d’enfants provenant d’un seul pays, soit les États-Unis (surprise!). Chez ces enfants, on n’en retrouvait que 50% qui étaient allaités, plus ou moins 30% vers 3 mois. Elles ne reposaient pas sur des normes biologiques et physiologiques et ne visaient pas de restrictions visant à limiter les bébés participants à une croissance optimale. Les courbes de l’OMS, utilisées en ce moment, sont bien différentes. Une étude multicentrique  a permis de recueillir les données de 8500 enfants de milieux culturels et ethniques variés (Brésil, États-Unis, Ghana, Inde, Norvège, Oman) entre 1997 et 2003. Les bébés étaient allaités dans une proportion de 75%, et partiellement allaités à 12 mois. Les courbes de l’OMS désignent donc l’allaitement comme norme biologique, et établissent le bébé nourri au sein comme modèle normatif de croissance. Les participants répondaient également à d’autres normes physiologiques humaines. Elles nous disent comment l’enfant devrait grandir à travers le temps.

C’est là que les percentiles entrent en ligne de compte. Ils indiquent, entre autres, où le bébé se situe par rapport à l’ensemble. S’il est dans le 25e percentile pour le poids par exemple, c’est dire qu’il y en a 75% de plus lourds que lui, et 24% de plus légers. Les percentiles et les courbes ne sont pas un outil de comparaison entre les enfants. L’hérédité et d’autres facteurs déterminent le poids et la taille du vôtre, il est inutile et malsain de le comparer aux autres. Théoriquement, il devrait demeurer autour du même percentile, donc dans son corridor, tout au long de sa croissance puisqu’il s’agit d’une norme de croissance. Cependant, un certain mouvement dans la courbe peut s’avérer normal avant l’âge de 2 ans (mais doit être surveillé par un professionnel de la santé). Les données indiquées sur les courbes de l’OMS sont précises;  la collecte des mesures durant l’étude était faite 21 fois entre 0 et 24 mois (versus 1 fois aux 3 mois pour les anciennes des CDC). Très rapidement, on peut déceler un éventuel problème chez le petit en observant une cassure  ou une stagnation dans le tracé, même à court terme alors que les données peuvent être entrées à la semaine au début. Il importe peu de savoir si votre enfant est dans le 30e ou le 90e percentile pour la taille ou le poids (à moins de retard de croissance ou autre problème de santé possible), ce qui est souhaitable, c’est qu’il demeure dans son corridor. Il n’est pas parfait s’il est dans le 50e percentile, ni trop gros dans le 97pour le poids. Le tableau « poids pour taille » peut servir de référence pour l’insuffisance pondérale ou le surpoids, par contre.

Les courbes de croissance sont un outil précieux pour les parents lorsqu’elles sont utilisées à bon escient. Durant les premières semaines et les premiers mois, il est aisé de suivre la croissance de son petit, à condition d’utiliser toujours le même pèse-personne et de ne pas en abuser, sauf en cas de situations particulières. Elles permettent de confirmer ou d’infirmer certaines craintes face à l’enfant, par exemple un reflux gastro-œsophagien devant être médicamenté chez un bébé irritable. Une mère qui allaite pourra vérifier si sa prise de pilule contraceptive a un effet sur sa production à court terme, même chose pour le co-allaitement durant la grossesse chez un jeune bébé. Comme intervenante en période postnatale, une courbe qui se casse vers 3-4 mois peut nous indiquer un problème au niveau de l’allaitement, comme un frein de langue court. Que l’enfant soit nourri au sein ou non, elles font participer les parents et renforcent ou motivent un style de vie sain et actif. De l’autre côté, comme tout outil de mesure, les courbes peuvent devenir une source d’inquiétude, de questionnements ou de zèle, surtout si elles sont mal interprétées comme c’est souvent le cas. Et comme tout mouvement dans la courbe doit être vérifié ou surveillé, même si en bout de ligne il s’avère normal, les parents vivront de l’inquiétude. Somme toute, elles représentent beaucoup plus de positif et il est important que tout nouveau parent sache comment l’utiliser et l’interpréter et ce, tout au long de l’enfance. N’hésitez pas à questionner votre accompagnante à la naissance ou votre professionnel de la santé à ce sujet!

Vous pouvez télécharger les courbes directement sur le site de l’OMS.

Sources:

CHU Ste-Justine
Organisation mondiale de la santé