Ça n’a l’air de rien, mais c’est un sujet épineux, la péridurale. Intervention médicale dont la popularité a explosé ces dernières années, elle suscite beaucoup de discussions mais pas nécessairement assez d’interrogations. En tant qu’accompagnante à la naissance, un de mes rôles est d’informer. Pas de prendre position, simplement d’offrir l’information aux parents pour qu’ils puissent prendre une décision éclairée. Dans ma pratique, je ne suis ni pour ni contre la péridurale, mais je la connais assez bien pour savoir qu’elle ne doit jamais être banalisée. Je vous présente mon billet d’aujourd’hui, tel que je présente la péridurale à mes clients: voici ce que j’en sais, voici ce que j’observe. À vous de décider!  

Qu’est-ce que c’est exactement, la péridurale? Il s’agit de l’introduction d’un cathéter très fin et très souple dans l’espace péridural, généralement entre la 3ième et la 4ième vertèbre lombaire, à des fins d’anesthésie régionale. L’installation est faite par un anesthésiste, à l’aide d’une aiguille de ponction, sous anesthésie locale. Par la suite, le cathéter demeure en place bien scotché et permet d’administrer le médicament en continu et en doses de charge, au besoin. Le soulagement survient au bout d’une vingtaine ou d’une trentaine de minutes. Les femmes craignent beaucoup l’introduction de l’aiguille : elles ont peur d’avoir mal. Alors voilà : comme l’intervention est pratiquée sur une zone anesthésiée, ce qu’on perçoit c’est une pression dans le dos lorsque l’aiguille pénètre. Ça pince peut-être un peu mais de là à dire que ça fait mal… non. Il faut demeurer immobile durant l’intervention malgré les contractions, et celui qui la pratique vous respectera à ce niveau en n’exécutant rien durant les douleurs.

L’anesthésie péridurale nécessite l’installation d’un soluté puisqu’elle fait chuter la pression sanguine de la mère. Presque inévitablement, elle s’accompagne aussi d’un monitoring fœtal continu pour s’assurer que le bébé réagisse bien, mais également que les contractions sont toujours au rendez-vous. Pourquoi? Parce que l’anesthésiant a un effet relaxant sur le muscle utérin et il peut diminuer le rythme ou l’intensité des contractions, voire même les arrêter, ce qui oblige l’administration d’un autre médicament pour stimuler le travail: l’ocytocine synthétique, qui risque à son tour d’entraîner des effets indésirables. Si le travail est long, on installera une sonde urinaire à demeure car il n’y a pas de ressenti au niveau de la vessie. Il ne faut pas oublier que les femmes ne sont plus vraiment mobiles après une péridurale. Parfois, elles ont besoin d’aide même pour déplacer leurs jambes qui sont devenues lourdes et molles. Les bénéfices du mouvement et du changement de positions sur le déroulement du travail, la descente et la rotation du bébé subissent grandement les conséquences de l’intervention. Les sensations au périnée sont réduites aussi; le réflexe naturel de poussée, qui dicte à la mère ce qu’elle doit faire, peut être ressenti plus faiblement ou pas du tout. Dans ce cas, les intervenants doivent être plus directifs dans leur approche, ils dictent aux femmes ce qu’elles doivent faire. De plus, les positions d’accouchement se limitent généralement à la position gynécologique (voir mon billet La poussée n’est pas de la plongée en apnée). Du côté du bébé, la relaxation de la région périnéale peut lui faire perdre ses repères et rendre sa rotation difficile. Il y a plus de risques qu’il se présente mal à la sortie. Pour toutes ces raisons,  la péridurale est associée à une plus grande utilisation de forceps, de ventouse et à un nombre plus élevé de césariennes.

C’est ce que j’observe le plus souvent, la spirale des interventions. Pas de paralysie ou de migraine qui dure 15 jours, non. Pas ce que les femmes craignent le plus. Je m’inquiète de la péridurale prise les yeux fermés parce que ça entraîne beaucoup de déception. En plus des effets nommés ci-haut, j’ajouterais que plusieurs sont dépitées du soulagement obtenu, qui n’est pas toujours optimal. La péri enlève la douleur, pas les autres sensations. Une pression qui passait inaperçue jusque là peut alors vous sembler un calvaire. Les douleurs occasionnées par un bébé mal placé, comme un bébé en postérieur, ne seront pas vraiment apaisées. Quelquefois, l’anesthésie est inégale : l’effet est plus fort d’un côté du corps que de l’autre ou encore un seul ne « gèle ». Mais surtout, ce que la majorité des femmes ignorent, c’est que l’anesthésie péridurale n’est pas permise dans certains cas, comme un accouchement trop rapide ou un trouble de coagulation.

Ce là étant dit, la péri, je ne la démonise pas non plus. Elle permet d’éviter l’anesthésie générale lors de césarienne. N’en déplaisent à certaines, j’ai aussi observé des situations où l’intervention a eu un effet plutôt surprenant sur le travail : elle a détendu une mère crispée et le reste a déboulé. Pour une autre, elle a permis un repos indispensable juste avant la poussée alors que le dernier centimètre se faisait attendre depuis fort longtemps. Le cas par cas, voilà la clé. Vous devriez toujours avoir plusieurs œufs dans votre panier. Personne n’acceptera de vous pratiquer l’anesthésie péridurale sur un col peu dilaté ou effacé, même si vous avez mal. Il vous faut découvrir d’autres façons de travailler avec la douleur. Le meilleur conseil que j’aurais à vous donner, ce n’est pas de vous mettre la pression d’un accouchement sans péri sur les épaules, c’est de vous donner une chance à vous et votre bébé. Soyez accompagnée de personnes qui vous encourageront dans vos capacités. Bouger le plus possible, et le plus longtemps possible. Repoussez vos limites, un 15 minutes à la fois. Durant ce temps, vous aidez la progression du travail, et la descente de votre enfant. Il profite des belles endorphines que la douleur vous fait sécréter. D’ailleurs, je vous invite à revoir votre relation avec cette dernière en lisant mon billet  Avez-vous peur d’avoir mal? .

La péridurale est un outil, mais il ne devrait pas être la méthode première de soulagement de la douleur à cause de toutes ses implications, à mon avis. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) la classe parmi les pratiques fréquemment utilisées à tort.
Plus le travail est avancé lorsque l’anesthésie est effectuée, plus vous en diminuez certains risques (sans toutefois les éliminer, évidemment). Votre accompagnante peut vous enseigner des positions qu’il est possible de prendre même avec « les deux jambes en compote» pour optimiser le travail. Sollicitez l’aide des autres pour changer de position régulièrement. Si possible, demandez la dose minimale de médicament pour percevoir certaines sensations, comme celles de la poussée. Ou encore, vérifiez avec votre donneur de soins si la péridurale ambulatoire est disponible dans votre établissement. Surtout, surtout, demeurez connectée avec votre bébé. Il est facile de penser que ça se fait tout seul lorsque vous ne percevez plus de douleur…