Il n’y a pas si longtemps, tout juste avant la naissance d’Édith, j’ai croisé une ancienne professeure du secondaire dans la salle d’attente. Elle était enceinte aussi, des jumeaux! On ne s’est pas jasé très longtemps – quoique « pas longtemps » est relatif quand on attend chez le médecin – mais assez longuement pour qu’elle et son conjoint m’expriment leur déception du suivi médical. Comme je l’ai observé bien souvent dans ma pratique d’accompagnante à la naissance, ce qui les désappointait ce n’était pas le médecin en tant que tel, mais plutôt le degré de désintérêt généralisé qu’il percevait pour « leur » grossesse. On ne s’attend pas à ce que le monde médical nous accueille avec des cigares et du champagne, sauf qu’on peut tomber de haut si nos attentes par rapport au suivi prénatal sont inadéquates. Alors, à quoi devrait-on s’attendre de notre médecin?  

La question qu’il convient de se poser est plutôt « quel est le rôle de votre médecin dans votre grossesse? ». Son rôle, en premier lieu, est d’assurer le suivi médical de celle-ci. Vous aurez des rendez-vous périodiques durant lesquels il notera certaines données, entre autres votre tension artérielle, votre poids et la hauteur de votre utérus. C’est lui qui prescrit les différents examens qui peuvent être nécessaires durant ces neuf mois, comme les analyses sanguines ou l’échographie morphologique. Il a la responsabilité de vous informer sur ces examens, sur les effets possibles de ceux-ci ou de certains médicaments, et de répondre à vos questions en s’appuyant sur des données à jour et probantes. Il devrait, puisque ce n’est pas toujours le cas, vous permettre de faire des choix éclairés en vous  donnant toute l’information qu’il convient d’avoir, en tout temps. Mais notre système de santé est débordé. Si vous ne l’aviez pas constaté encore, vous le réaliserez bien vite avec le bébé qui s’en vient. Certaines femmes n’arrivent pas à avoir de médecin pour leur suivi prénatal, alors penser passer plus de 15 à 30 minutes dans le bureau du nôtre tient de l’utopie. Est-ce qu’il faut pour autant se priver d’un suivi de qualité ou exiger moins du professionnel qui s’occupe de nous? Absolument pas… sauf qu’il faut s’adapter.

J’ai vite compris, lors de la grossesse de mon grand garçon, que je devais me préparer avant les rendez-vous. Je me souviens d’ailleurs ma première rencontre prénatale : j’étais sortie de là en un clignement de paupières, déconcertée et ébahie. J’avais des papiers dans les mains et j’ignorais à quoi ils servaient. Je pensais que le médecin irait au devant de mes questions et qu’il abreuverait ma soif d’informations. Je n’avais même pas pensé à noter mes interrogations! C’est à ce moment que j’ai réalisé qu’il fallait être proactive dans son suivi. Écrivez vos questions au fur et à mesure sur un bout de papier ou tenez un journal des symptômes le cas échéant; c’est la meilleure façon de ne rien oublier et de maximiser le temps passé dans le bureau du médecin. Vous éviterez les « Oh, j’ai oublié de lui demander pour les sushis! » tout en l’aidant à prendre soin de vous. Certaines femmes se sentent mal à l’aise après trois ou quatre questions, sachant que le docteur est pressé, et abandonnent le reste de la liste. Allez jusqu’au bout parce que vous méritez qu’on réponde à chacune de vos interrogations. Aussi, sachez que la responsabilité de votre éducation prénatale n’incombe pas seulement au professionnel de la santé. Vous vous devez d’aller chercher un maximum d’informations de votre côté par le biais de votre accompagnante à la naissance, de cours prénataux privés ou non, et de lectures fiables. À cette fin, le site de la SOGC et le livre d’Isabelle Brabant, Une naissance heureuse, sont d’excellentes ressources. Par la suite, vous pourrez discuter de sujets bien précis avec votre donneur de soins et encore une fois, vous l’aider à vous assister, vous vous prenez en main. Le plan de naissance est par ailleurs un très bon outil de communication et de discussion. Ne craignez pas d’exiger des réponses et de le confronter sur certains sujets puisque c’est votre grossesse et vous êtes la grande perdante à vouloir éviter de le déranger. Si vous percevez de l’agacement lorsque vous posez des questions, si vous vous sentez constamment pressée de quitter, si on vous laisse sur votre faim, bref, si vous n’êtes pas satisfaite de votre suivi, vous pouvez en tout temps changer de professionnel. Je sais cependant qu’il est beaucoup plus aisé de le dire que de le faire.

Le rôle d’un médecin n’est pas de materner. Il ne sera pas radié non plus s’il manque de chaleur et d’entregent. Son temps alloué à chaque patiente est limité par le temps et il est difficile à rejoindre en dehors des rendez-vous. Vous avez des options si vous souhaitez vivre une autre expérience. Le suivi en maison de naissance, avec une sage-femme, est bien différent. Cette dernière prend plus de temps avec ses patientes et a généralement une approche moins médicalisé. Les rencontres de fin de grossesse se font même à votre domicile! Le service est plus ou moins accessible selon la région et la demande, malheureusement. Ce n’est pas la meilleure option pour toutes les femmes, informez-vous!
Si vous privilégiez l’accouchement en milieu hospitalier, il faut savoir que les hôpitaux (et leurs médecins) ne s’égalent pas et il convient de magasiner en tenant compte des recommandations des copines par exemple, ou encore en rencontrant plusieurs docteurs… lorsque possible. Une accompagnante à la naissance se veut le meilleur des deux mondes puisqu’elle vous assure un suivi parallèle, non médical, et répond à vos questions en tout temps. La chaleur humaine, c’est tout elle! Les suivis particuliers y trouveront également leur compte puisque l’accompagnante sera en mesure d’offrir un service très personnalisé et adapté.

Quoi qu’il en soit, comme toujours, l’important c’est de vous respecter et de vous sentir respecter. Ne laissez pas la surcharge du système de santé nuire à votre grossesse, il y a tant de ressources pour vous, futurs parents. Ouvrez l’œil!