Aujourd’hui, il y a certainement plus de mythes concernant l’allaitement qu’il n’y a de place dans mon cerveau pour les mémoriser. Chaque fois que j’anime des cours prénataux ou une rencontre postnatale sur le sujet, j’en entends de nouveaux. Oui, il m’arrive encore de m’étouffer avec ma gorgée… Quoi? On ne peut pas allaiter après 40 ans? Je pourrais, avec grand plaisir, vous écrire des pages et des pages de mythes farfelus. Je vais être sage et m’en tenir à mes cinq préférés. Les voici!   

1. Quand la prise du sein semble belle, il n’y a pas de problème.

« Madame, on pourrait prendre une photo et la mettre dans un livre tellement c’est beau! ». Je ne compte plus les mamans qui se sont fait lancer cette ânerie au visage alors qu’elles souffraient durant la tétée. Le positionnement vu de l’extérieur nous donne des indices, certes. Mais savez-vous où l’action se passe, quand un bébé tète un sein? Dans sa… oui voilà! Dans sa bouche! C’est là qu’il faut regarde en premier lorsque quelque chose cloche. La douleur, ce n’est pas normal. La nature serait bien mal faite si ça l’était, parce que peu de mammifères poursuivraient l’allaitement de leurs petits. On repassera pour la survie de l’espèce. Je ne pense non plus que les femmes soient feluettes, bien au contraire! Alors si ça fait mal, si vous anticipez les tétées, que vous avez les mamelons sensibles ou en lambeaux malgré qu’on « puisse faire une vidéo et la mettre sur youtube tellement c’est parfait », allez chercher de l’aide et pas n’importe laquelle : une accompagnante à la naissance ayant le bagage nécessaire pour vous soutenir dans vos problèmes d’allaitement ou une consultante en lactation certifiée (IBCLC) seraient tout indiquées.

2. Un bébé au sein reçoit du lait.

En voilà un qu’il faudrait éclaircir pour régler bien des choses (tétées interminables, prise de poids faible, gerçures, etc.). Le temps passé au sein ne veut rien dire. Rien du tout en fait. Il faut savoir distinguer un bébé qui tète de façon active d’un bébé qui ne fait « qu’être au sein ». Un poupon peut passer une heure au sein, et n’avoir réellement bu que quelques minutes. Ou encore tétouiller de temps à autre laissant croire à sa mère qu’il boit. Ces tétées sont non-nutritives et entraînent la mère et son enfant dans un tourbillon qui n’en finit plus. Il est primordial qu’on vous apprenne à reconnaître ce qu’est une tétée efficace : la succion et la déglutition, le mouvement de la mâchoire, l’état général du bébé. Vous devez aussi connaître les signes que votre bébé reçoit du lait. L’allaitement, c’est du cas par cas. Il n’y a aucune règle, il faut simplement  apprécier et comprendre son enfant. Dommage hein? Pas de formule magique!

3. L’allaitement est contraceptif.

L’allaitement n’est pas contraceptif, c’est une méthode, qu’on appelle la MAMA (méthode d’allaitement maternel et d’aménorrhée) qui l’est. Or, c’est en la suivant à la lettre qu’on peut se préserver d’une grossesse à plus de 98% selon le Consensus de Bellagio établi en 1988, et reconfirmé par de nombreuses études en 1995. Plus de 4000 femmes ont participé à celle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l’efficacité de la MAMA, et aucune d’elles n’est tombée enceinte. Pas si mal, non? Pourtant je continue de croire que si vous ne gérez aucun risque, il est préférable de jumeler deux méthodes de contraception, peu importe les méthodes. Aucune n’est infaillible. Hum… à part l’hystérectomie et l’abstinence.

4. Toutes les femmes peuvent allaiter exclusivement.

Je sais que là, on me fait de gros yeux. C’est vrai que la majorité des femmes peuvent allaiter. Plus souvent qu’autrement, le manque de lait s’explique par une mauvaise prise du sein, un problème dans la bouche du bébé (un frein lingual par exemple) ou encore le stress, la fatigue, la désinformation et les comportements qui viennent avec. Il est circonstanciel et, généralement, temporaire. Ceci étant dit, il existe un trouble physiologique qui empêche certaines femmes d’allaiter de façon exclusive, ou d’allaiter tout court : l’hypoplasie mammaire. Le mauvais ou le non-développement (ou encore l’absence) des glandes mammaires rend l’allaitement difficile voire impossible : on ne peut pas faire pousser des glandes! Cela n’a rien à voir avec la taille du sein (petit ou volumineux), bien que les seins hypoplasiques aient souvent une forme typique. Ce problème est d’autant plus malheureux qu’avec le discours d’hyper positivisme face à l’allaitement et le manque de connaissance des ressources maternelles principales, il n’est souvent pas diagnostiqué. Ces femmes ignorent leur condition, et font des pieds et des mains pour produire du lait qu’elles ne peuvent pas sécréter. Si vous avez des doutes, voyez rapidement une IBCLC.

5. Un bébé qui pleure a vraiment faim…

… Un bébé qui dort bien a assez bu. Un bébé se réveille parce qu’il doit manger, etc. Il faudrait arrêter de comparer le nouveau-né à un système digestif sur pattes, et du même coup sous-entendre que la mère et son lait sont entièrement responsables du degré d’éveil, de sommeil et des comportements du petit. Un bébé pleure parce que c’est son seul mode d’expression durant les premiers temps et qu’il s’agit plutôt d’un réflexe face à certaines sensations. Le bébé dort plus ou moins selon son degré de maturité neurologique et son tempérament, entre autres. Le bébé avait des cycles d’éveil/sommeil dans le ventre de sa mère alors qu’il était nourri en continue… La confiance d’une nouvelle mère n’est déjà pas très solide, faisons donc attention à ces sous-entendus douteux.