Tous les deux, vous l’avez souhaité, attendu et espéré ce petit trésor. Mais alors pourquoi votre conjoint réagit-il ainsi? Pourquoi semble-t-il indifférent, dérangé, voire même jaloux de cette grossesse? Que cela vous paraisse sensé ou non, la jalousie du futur père vis-à-vis de la mère ou du bébé à venir est assez fréquente (un classique lors des cours prénataux). L’ambiguïté de la situation (il voulait ce bébé mais ne semble pas heureux de sa venue) la rend difficile à comprendre pour la femme : voudra-t-il de cet enfant finalement? Comment réagira-t-il après la naissance? Si rien n’est fait, cela devient rapidement une source d’anxiété pour elle, mais aussi de tensions et possiblement de conflits au sein du couple…  

Se mettre dans les souliers de l’autre demeure probablement la meilleure façon d’essayer de le comprendre. Imaginez l’espace d’un instant, que vous êtes votre conjoint. Vous aviez hâte que votre bien aimée soit enceinte, pourtant vous n’aviez pas prévu que le projet l’accapare autant. En début de grossesse, elle est l’ombre d’elle-même. Vous comprenez que le petit être demande beaucoup d’énergie mais autant que ça…? Vous êtes impuissant devant cette situation et vous vous sentez à l’écart. Vos besoins ont-ils encore de l’écho chez elle? Puis, le moral et l’humeur reviennent. Elle dit vivre quelque chose d’extraordinaire, de merveilleux. Elle expérimente des sensations que vous n’aurez jamais l’occasion de vivre, comme sentir le bébé vous chatouiller de l’intérieur et vous répondre lorsque vous pensez à lui. Vous avez un peu l’impression d’être à côté de quelque chose : ce bébé vous ne le portez pas, vous ne le sentez pas. Il existe bien sûr, sauf qu’il n’a rien de tangible pour le futur papa que vous êtes. Toute l’attention est soudainement posée sur votre conjointe. Bien peu de gens se demandent comment vous allez. On n’a d’yeux que pour elle et l’enfant qu’elle porte. Vous pouvez avoir l’impression qu’il s’agit plutôt de son bébé, comme s’il lui appartenait. Vous étiez un couple et vous aviez un projet à deux. Maintenant, vous avez peut-être l’impression de faire partie d’un triangle amoureux.

Tous les futurs pères ne perçoivent pas la grossesse de cette façon, évidemment. Mais entre vous et moi, ces pensées sont légitimes, non? Porter un enfant n’est pas que joie et bonheur au quotidien. Il faut pourtant avouer que le père n’a pas toujours le rôle le plus gratifiant dans l’aventure et qu’il est facile de s’y sentir délaissé ou inutile. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises façons de réagir à ce qui s’en vient. Il faut avoir de l’ouverture face à l’autre. Plutôt que d’intégrer un conjoint qui réagit avec désintérêt ou jalousie, on peut être tentée de le confronter, de lui faire des reproches ou d’essayer de deviner ses intentions et ses sentiments. On voudrait qu’il soit aussi excité que nous lorsque le bébé bouge et qu’il soit super intéressé par toutes nos lectures sur la maternité. On s’imagine le pire – il ne veut plus d’enfant! – et la plupart du temps, il n’en est rien. Et si on n’arrêtait de tout voir avec nos propres yeux et qu’on demandait à l’autre de nous expliquer?

Vous êtes la mieux placée pour connaître la meilleure façon de créer une ouverture chez votre partenaire et l’amener à verbaliser les raisons de cette réaction. Vous pourriez lui demander quelles sont ses attentes face à la grossesse, et à vous. Quelle place il a envie d’y prendre, de quelle manière il souhaite s’y intégrer. On a parfois tendance à exiger certaines choses du père, comme sa présence à l’accouchement. Il vaut mieux proposer et démontrer de l’ouverture. Il doit percevoir que vous avez envie qu’il soit là, avec vous, et que sa présence est déjà importante pour le bébé. Les rendez-vous médicaux ne sont pas les meilleures façons d’impliquer le conjoint puisqu’ils sont parfois perçus comme des obligations. Les cours prénataux personnalisés, les échographies et le choix de certains articles pour l’enfant l’interpelleront sans doute bien plus. Les jeux à faire avec le futur bébé, l’haptonomie, demeurent un gros hit avec les pères. C’est une merveilleuse occasion pour eux d’avoir un réel contact et une interaction avec le petit. Essayez-le, vous aimerez j’en suis certaine! Écoutez ses suggestions, laissez-le prendre sa place à sa façon. Oubliez le scénario de grossesse idéale que vous avez en tête et voyez comment il a envie de jouer son propre rôle.

La grossesse est un épisode assez égocentrique de la vie d’une femme, et il est nécessaire de le constater pour que l’autre parent y retrouve sa place et demeure satisfait dans la relation. Les besoins de la femme enceinte sont omniprésents et peuvent étouffer celui du père, ce qui n’est pas souhaitable de toute évidence. Comme toujours, la communication est la clé et assurez-vous d’en abuser.  😉