Ces dernières semaines, depuis que ma petite loutre est parmi nous, j’écris sur des sujets qui me parlent dans ma vie de nouvelle maman: le sommeil des bébés, le vide ressenti après la naissance… Ceux qui me connaissent ne seront donc pas étonnés de me lire aujourd’hui sur le reflux gastro-œsophagien (RGO) chez le bébé. Je me sens très inspirée; je me demande si c’est à cause de l’odeur que dégage mon chandail, ou alors la vue du panier à lavage rempli de bavoirs et de couvertures imbibées. Non, je crois que c’est plutôt le bruit de fond constant qu’émet mon bébé inconfortable, souffrant même. Le reflux, ce n’est pas qu’une affaire de lessive comme dirait quelqu’un. C’est un sérieux problème pour les parents comme pour l’enfant. Coup d’œil sur ce trouble, souvent balayé du revers de la main par les professionnels de la santé.   

Commençons par le commencement. Certains diront que c’est normal pour un bébé de régurgiter… absolument! L’immaturité du mécanisme de vidange gastrique et le manque de tonicité du cardia (la jonction entre l’œsophage et l’estomac) sont à l’origine de ce qu’on appelle le reflux gastro-œsophagien (RGO) physiologique. Il faut dire que l’alimentation d’un jeune bébé est uniquement liquide, ce qui favorise les remontées, et que la quantité ingurgitée est impressionnante pour la taille de son estomac. Il est logique et fréquent qu’il en ressorte après le boire. On parle même de régurgitations chez environ 70-75% des bébés! Il est où le problème alors? Le problème commence là où le bébé joyeux et gazouillant s’arrête. Lorsque les régurgitations dites normales font place à une remontée chronique du contenu gastrique, qui irrite et brûle en tout temps l’œsophage de l’enfant. On ne parle plus de reflux physiologique (RGO), on parle de reflux gastro-œsophagien pathologique (RGOP).

Comment le différencie-t-on? Les parents sont, pour moi, le meilleur indice de RGOP. Le parent typique est découragé devant son bébé constamment insatisfait, irritable. Il se sent incompétent parce qu’il n’arrive à peu près jamais à calmer les pleurs de son trésor. Il a la mine basse, ne voit pas le bout. Il se fait souvent dire « c’est normal que ça pleure un bébé… tu t’attendais à quoi? ». Il sait pourtant, au fond, que quelque chose cloche. Le bébé typique lui, n’est vraiment pas bien. Il peut régurgiter de petites comme de grosses quantités, mais parfois les remontées passent inaperçues ou donnent l’impression qu’il chique du tabac un certain temps après la tétée. Il pleure beaucoup, semble nerveux ou agressif. Il est raide, se repousse lorsqu’on le tient dans nos bras. Il est très difficile à consoler. Il a les traits du bébé irritable (allez lire ce billet « Avez-vous un bébé irritable » pour vous donner une meilleure idée). Bien souvent, il ne veut que téter mais se choque sur le sein ou le biberon. Il peut également refuser de boire, ayant compris que bien que le liquide soulage sur le coup, il est aussi la source des douleurs. Il dort mal parfois, et/ou se réveille en gargouillant dans son vomi.

Le RGOP n’est pas directement associé à des intolérances ou des allergies alimentaires. Une étude a pourtant relevé que plus de 40% des bébés qui en souffraient étaient allergiques aux protéines bovines. Si le vôtre souffre de reflux et que vous n’avez pas de raison particulière de croire à une intolérance, outre le dit reflux, vous n’avez pas besoin de modifier votre alimentation pour le moment. Commencez par les trucs de base, ceux qui semblent le plus efficaces. Nourrissez l’enfant en position  verticale, assis à califourchon sur vous ou dans un porte-bébé qui ne comprime pas son ventre. Dans la mesure du possible, laissez-le dans cette position durant au moins 45 minutes après le boire. Certains diront d’offrir des tétées courtes et fréquentes (moins de lait, moins de distension gastrique, moins de remontées) alors que d’autres, comme le Dr. Jack Newman, suggèrent d’encourager le bébé à téter longtemps à chaque fois. Les vagues de contractions musculaires de l’œsophage, provoquées par la succion, poussent le lait vers l’estomac. Le fait de continuer à téter pour le réconfort, même si le lait ne coule plus vraiment, pourrait empêcher la nourriture de remonter. Vous pouvez choisir d’offrir un seul sein à la fois, ce qui diminue l’intensité du réflexe d’éjection et permet au bébé de boire plus de lait gras. Moins il y a d’air dans l’estomac, moins il y a de chances de reflux alors pensez à faire faire le rot fréquemment durant la tétée. Évitez d’assoir le poupon pour ce faire, car ainsi, vous comprimez l’estomac. L’ostéopathie s’avère souvent très efficace pour le RGO parce qu’on peut y libérer certaines tensions qui exacerbent le problème. Pensez aussi à faire vérifier la bouche de votre bébé : les freins linguaux peuvent causer ou empirer un reflux existant.

Les laits épaissis ou les épaississants à prendre avant le boire ne sont pas la solution : ils sont beaucoup plus agressifs pour la muqueuse œsophagienne lorsqu’ils remontent. Le lait maternel est plus facile à digérer, donc se vidange mieux, et comme il est physiologique, il est moins irritant pour l’œsophage. Il cause également moins de problèmes s’il se retrouve inhalé dans les bronches, une complication possible du RGOP. Méfiez-vous si on vous recommande de passer à l’alimentation solide plus rapidement : certaines études ont démontré que les enfants dont l’alimentation était diversifiée régurgitaient plus que ceux exclusivement allaités. Logique, puisque les aliments autre que le lait maternel sont plus difficiles à digérer et risquent davantage de provoquer des remontées parce qu’ils se vidangent moins bien, entre autres. Il existe des médicaments, comme le Zantac ou le Prevacid, pouvant être prescrits pour diminuer l’acidité gastrique. Ils n’ont pas vraiment d’impact sur les régurgitations, sauf que celles-ci sont moins agressives et irritantes. Si votre enfant souffre et que les mesures de base ne suffisent pas, n’hésitez pas à mettre de la pression sur le médecin pour investiguer et venir en aide à votre bébé. Encore une fois, le RGOP n’est pas qu’une question de lessive, c’est bien plus que ça…