Mère et monde, centre de maternité

Mère et monde, centre de maternité

On a tous et toutes quelqu’un, dans notre entourage, qui dit avoir mis deux jours à accoucher.  Vous imaginez? Deux jours! Moi je renchéris avec trois. Oui, oui! Trois! La pauvre allez-vous dire. Pourtant je ne fais pas pitié parce qu’en fait, j’accouche très vite. Est-ce que je vous ai perdu? Hi hi! Voilà, comme bien des femmes, j’ai de longues phases de latence et j’en suis très heureuse. Suis-je masochiste? Bien au contraire!    

Je n’aime pas du tout le terme « phase de latence » pour deux raisons, plus précisément deux définitions. Le Larousse décrit la latence comme l’ « état de ce qui existe de manière non apparente mais peut, à tout moment, se manifester par l’apparition de symptômes. », et en médecine elle désigne une période sans symptômes cliniques. Or, lorsqu’on parle d’accouchement, c’est exactement ce que n’est pas la phase de latence. Il s’y passe tellement de choses! Au niveau physique, c’est le terrain qui se prépare. Même un col de béton (mon expression pour un col long et fermé, dit non favorable) ne saurait résister à une belle et longue latence à quelques exceptions près, bien sûr. Au niveau psychique, elle permet à la mère et au bébé de se préparer à ce qui s’en vient. Qu’est-ce qu’elle est alors, exactement? C’est la phase qu’on peut qualifier d’incertaine. Les contractions sont irrégulières ou régulières, mais assez espacées (entre 5 et 20 minutes d’intervalle). Généralement, les contractions sont plutôt confortables. Pas nécessairement agréables, mais assez douces pour permettre à la future maman d’apprivoiser la sensation. Mine de rien, elles travaillent fort ces contractions. Pour arriver en travail actif, donc dans le feu de l’action, le col utérin doit s’être assoupli, il doit s’effacer donc raccourcir, et commencer à dilater jusqu’à environ trois centimètres. Le bébé qui pouvait jusque là flotter dans sa petite maison, doit entamer sa descente et son engagement dans le bassin de sa mère pour venir appuyer sa tête sur le col. Dans certains cas, ces changements peuvent se produire en partie en fin de grossesse. Par contre pour la majorité, ce sont les contractions de la phase de latence qui vont jouer ce rôle. On peut alors décrire la latence comme la répétition générale avant le grand spectacle. C’est la période où l’on reste à la maison avec les siens. Elle est tout aussi importante que le reste même si la progression est moins tangible.

Pourquoi l’éloge de la latence? Je partage souvent cette anecdote en cours prénatal : Une cliente, que je rencontre pour la première fois, me raconte son premier accouchement qui n’en finissait plus. Près de 40 heures à mon souvenir! On l’avait admise à l’hôpital parce qu’elle semblait sur la ligne entre la phase de latence et le travail actif. Elle avait eu droit à certaines interventions parce que ça ne bougeait pas assez au goût du personnel. J’écoutais son histoire en me disant que cette femme devait avoir de longues latences atypiques, et qu’elle s’était leurrée en se rendant trop tôt à l’hôpital, se croyant en travail. Je disais plus haut que la progression y est moins tangible. Alors imaginez une femme qui se croit en travail actif, mais dont le col semble rester au point mort, ou presque : le découragement total! Bref, elle craignait beaucoup la durée de la naissance suivante qui approchait à grands pas. Jour J, coup de téléphone vers 7 heures du matin. Elle est aux cinq minutes! Mais non, on reste à la maison. Les contractions sont de courte durée et peu intenses. Elle a donc profité de sa journée avec sa fille et son conjoint, à se promener, à pique-niquer, elle a même écouté le match de hockey en soirée. On s’appelle régulièrement, je m’assure ainsi qu’on est toujours dans la zone de force tranquille. Puis, vers 23 heures, rien ne va plus! Les contractions se sont intensifiées d’un seul coup et elle sent le besoin impérieux de se diriger vers l’hôpital. Ça y est, le travail actif est commencé. Et Bébé voit le jour à 1 heure du matin. Vous savez ce qu’elle racontait à tout le monde cette maman, après coup? « Wow ! J’ai accouché tellement vite! » Est-ce qu’elle a accouché vite?

Je vous dis plusieurs choses avec cette anecdote. Premièrement, la phase de latence doit se vivre à l’extérieur du lieu de naissance, dans une ambiance relaxe et confortable. Aucune angoisse de performance, il faut juste profiter de ce qui s’en vient. Les mères qui ont vécu cette période à leur rythme, dans leurs choses et avec les gens qu’elles aiment,  n’ont pas cette impression d’accouchement interminable. Aussi, et ce n’est pas une règle coulée dans le béton, une longue latence signifie bien souvent un travail actif assez rapide. Sachant que cette phase est beaucoup plus intense sur tous les plans, voilà pourquoi je me réjouis des longues latences! Elles sont un cadeau! Il ne faut surtout pas se décourager si la vôtre s’éternise…

Il est important de bien savoir reconnaître les différents stades de l’accouchement pour éviter de se faire prendre au piège et de se rendre trop tôt à l’hôpital (où vous risquez qu’on vous retourne à maison, ou qu’on intervienne médicalement pour faire avancer les choses). Une latence vécue telle quelle, c’est-à-dire comme une période de préparation, est beaucoup plus agréable et moins stressante. On entre ainsi dans la phase active déjà boostée aux endorphines. Les cours prénataux de qualité (voir mon billet de la semaine dernière, Bien choisir ses cours prénataux) vous permettront de démystifier l’accouchement, et d’en vivre chaque moment de façon beaucoup plus agréable et efficace. La présence d’une accompagnante, sous forme de suivi téléphonique, vous guidera à travers l’aventure et vous aidera à reconnaître les différents signes qu’il est temps de se déplacer.

Je vous souhaite donc une longue et belle latence. Je retourne à la mienne à l’instant.  😉