C’est quoi cette obsession de la normalité qui va de pair avec la maternité? Vous y échappez, vous? Ce serait étonnant… Dès l’apparition de la deuxième ligne sur le fameux bâton, la future maman se questionne. Tout devient matière à comparaison; avec les autres, avec les livres, avec la grossesse précédente. C’est comme si tout à coup, l’unicité de l’individu n’existait plus. On a besoin de se référer à une ligne directrice, on veut être dans la moyenne, comme les autres. Vous étiez-vous déjà demandé si c’était normal de ne pas avoir envie de manger du poisson avant d’être enceinte? Alors pourquoi la question se pose-t-elle maintenant que vous l’êtes? Et puis n’allez pas croire que le phénomène prend fin avec la naissance. Oh, que ça ne fait que commencer! Mais dites-moi, depuis quand c’est normal d’être normal?    

On débute généralement avec l’inquiétude face aux divers symptômes de grossesse. Les copines ont des tiraillements ou des nausées mais pas vous. Ou bien c’est l’inverse… Quelque chose cloche forcément! L’ennui avec ça, c’est qu’il n’y a absolument aucune constance dans les symptômes de début de grossesse. Certains sites, créés pour assister les parents dans la conception, s’amusent à faire des listes avec le pourcentage associé à chaque symptôme ressenti par certaines femmes. Aucun d’entre eux n’atteint le 100%, ni s’en approche. Une même femme peut avoir cinq débuts de grossesse complètement différents, sans que ce soit anormal. S’il est impossible de se comparer soi-même, le faire avec les autres est plus qu’inutile! La prise de poids est aussi un excellent sujet à comparaison. Entre le gain idéal indiqué dans les livres et celui de la cousine au même stade que vous, vous ne savez plus si vous êtes normale ou non. Trop de facteurs entrent en ligne de compte pour qu’on puisse parler d’une prise de poids idéale ou normale à mon avis. Laissez faire le pèse-personne et allez plutôt lire ou relire mon billet sur le sujet : Trop grosse, ou pas assez? Ensuite la forme, la taille du ventre… Et puis quoi encore! Votre ventre est trop petit pour votre temps de gestation? Ah non, il est trop gros, trop pointu, trop bas, pas assez quoi? S.v.p.! Maintenant que les échographies de croissance sont devenues monnaie courante, on a droit à la comparaison des percentiles de nos bébés. On dirait presque un concours par moment. L’hérédité, la morphologie, est-ce que ça dit encore quelque chose à quelqu’un? Là où, lors des cours prénataux, je sens le plus de gêne et le plus grand besoin d’être comme les autres, c’est lorsqu’on parle de la relation avec le bébé in utero. Est-ce normal de ne pas avoir envie de parler à son bébé, ou de flatter son ventre? Absolument! Est-ce normal de parler constamment à son bébé et de toujours flatter son ventre? Absolument! Vivez votre grossesse comme vous êtes : de façon unique!

Quand je dis que ça ne s’améliore pas avec l’accouchement, c’est que plus souvent qu’autrement, ça empire. À écouter les gens parler, on dirait qu’il n’y a pas d’individualité chez le bébé. Il y a le bébé type, puis les autres. Le vôtre fait ou fera probablement partie de la seconde catégorie, parce qu’il sera anormal à un moment ou à un autre. Les occasions d’être « à côté de la track » sont nombreuses pour le poupon. Prenons les tétées par exemple : il devrait boire tant de minutes sur un sein puis à l’autre, à un intervalle de tant d’heures… non? Non. Le sommeil, quel sujet! Ce n’est pas normal de dormir beaucoup, ou peu, ou trop longtemps d’affilée. Pas normal de ne pas faire ses nuits à tel âge, de ne pas s’endormir seul, d’avoir besoin du contact ou du sein… Juste de l’écrire, je suis essoufflée. Et je n’ai pas encore parlé des pleurs! Oui, parce qu’il semblerait aussi y avoir une normalité pour les pleurs de bébé. Parfois c’est le cas, et les parents doivent être attentifs à leur impression première, à leurs « feelings ». Mais si vous jugez votre enfant atypique à cause de ce que vous avez lu, ou vu ailleurs, vous avez beaucoup de chances d’être dans le champ. La facilité ou la difficulté à exprimer son mécontentement comme sa tristesse ou sa peine est une question de tempérament et de personnalité! Les étapes du développement sont probablement la plus grande source de questionnement des parents, et je parle en connaissance de cause, étant accompagnatrice à la naissance et animatrice de cours prénataux depuis de longues années! Gardez toujours à l’esprit que ce que vous lisez dans les différents ouvrages, incluant celui qu’on appelle couramment « la bible* », ne sont que des indications. Pas la normalité, des indications. Prenez en compte l’état général du petit pour savoir s’il se développe bien. Un enfant enjoué, communicatif, de bonne humeur et tonique est en forme. Suivez-le dans son développement, stimulez-le par les jeux, votre présence, des chansons, apprenez à le connaître et vous saurez immédiatement si quelque chose ne va pas. Ne vous inquiétez pas non plus s’il ne semble pas avoir lu et mis en pratique le guide de la parfaite poussée dentaire et de l’introduction des solides 101: aucun enfant ne l’a fait. Laissons notre trésor être lui-même, faisons-lui confiance et arrêtons les comparaisons. Vous perdrez un bon 5 kilos juste en vous délivrant de ces inquiétudes inutiles… 😉

* Plusieurs surnomment ainsi le guide Mieux vivre avec notre enfant de la grossesse à deux ans de l’INSPQ, distribué à toutes les futures mamans.